lundi 29 mai 2017

L'Atelier Khnoum est ouvert à Pontrieux !

Ça y est, samedi nous avons fait portes ouvertes et un pot le soir pour fêter l'inauguration de la boutique. Je suis vraiment touchée par l'accueil des personnes que nous avons rencontrées pendant nos premiers mois à Pontrieux ; ils étaient nombreux à venir nous voir ce weekend et à nous souhaiter du succès. Mes adorables voisin(e)s du café Au bon goûter 1900, de la charcuterie Mazet, et de Cristal de Roche m'ont donné des fleurs superbes !



La dernière fois que j'ai écrit un billet sur le blog, nous n'avions pas encore de plancher dans la cuisine, l'atelier était orange, il n'y avait pas de bois pour les meubles, et je n'avais pas de four. Tout a changé depuis !

La boutique avant


La boutique maintenant


L'atelier avant


L'atelier maintenant


Ça nous a pris deux mois et c'était sportif avec la peinture, le démantèlement des palettes, et la construction des meubles avec les susdites palettes...



... et des caisses à vin



J'avais déjà des caisses à vin, et heureusement car il s'avère que maintenant on ne peut en récupérer dans les magasins qu'au moment des foires à vin. Concernant les palettes, la plupart des grandes entreprises les recyclent, mais nous avons quand même réussi (merci au Point Vert de Pontrieux !) à en trouver pour ensuite les démonter, poncer, et vernir. Ensuite A. a construit les meubles selon les plans que j'avais dessinés... après quelques modifications, car à l'origine mon design était "contraire aux lois de la physique."

J'essaie d'avoir un esprit pratique ; il devrait être facile pour une potière d'être terre à terre ! Mais j'ai remarqué au cours de la rénovation que je ne comprend pas intuitivement la construction des choses ou le fonctionnement des machines, surtout comparé à A. qui comprend ce genre de chose sans un effort d'analyse. Est-ce une question de nos cerveaux ? de notre éducation ? (J'avais des legos mais c'est vrai que je préférais me déguiser, dessiner, ou courir dehors dans tous les sens.) Aussi, avant de démarrer un projet, A. va chercher des infos sur internet, source incroyable de vidéos expliquant toutes sortes de rénovations/créations, tandis que moi, j'ai plus tendance à essayer un truc, me rendre compte que ça marche pas, et ensuite chercher une solution. Ma façon de faire a ses défauts et j'essaie de m'inspirer de sa façon de faire. Surtout qu'il nous reste encore des rénovations à faire dans le reste de la maison !

Mais avant d'attaquer tout ça, il faut que je tourne quelques pots ! Déjà ce weekend les visiteurs à Pontrieux ont commencé à prendre mes plus belles pièces et je me rends compte que je vais devoir bien travailler pour alimenter le stock de la boutique ! Le nouveau four est branché, il reste juste à le remplir. J'ai hâte de voir mes émaux à l'issue de la première cuisson : chaque four est un peu différent. Aussi, P.B le peintre de Esquisse et Lavis m'a raconté que dans le temps un autre potier a Pontrieux a eu des changements de couleurs en s'installant ici ; l'eau était plus calcaire que celle de son précédant atelier dans le sud de la Bretagne. On verra si mes couleurs restent pareilles quand j'aurais préparé de l'émail avec l'eau du Trieux. Je vous tiendrai au courant sur le blog, ou vous verrez peut-être vous même en passant me voir à Pontrieux :)


lundi 3 avril 2017

Semaines mouvementées

Pendant les trois dernières semaines de la pépinière, j'ai fait deux cuissons par semaine afin de vider l'atelier, rendre les dernières pièces aux élèves, et faire un peu de stock en préparation de l'ouverture de mon atelier à Pontrieux.
Bizarrement, c'est aussi devenu une période d'expérimentation :  j'ai fait quelques objets un peu plus larges que ce que je faisais d'habitude (comme ce bol à fruits d'environs 45cm de large) et j'ai testé le grès rouge de Bourgogne. C'est une terre que j'ai découverte grâce aux participants des cours du lundi soir au musée ; je suis très contente des bols à cidre faits avec cette nouvelle terre !

J'ai fait plein d'autres découvertes grâce au groupe du lundi. J'ai approfondi certaines techniques afin de pouvoir les faire en cours. Ensuite leurs envies et inspirations m'ont montré des nouvelles choses à poursuivre. C'est frappant quand on introduit des techniques et que l'élève se les approprie pour faire une pièce qui lui appartient totalement.

Par exemple, on avait fait des petites tasses
(vraiment mini : taille espresso) "déformées" en mode pot-pincé ... 


... et on avait parlé d'émaillage avec réserves (zones protégées de l'émail, en vue d'une cuisson raku.)
Résultat : M.M. a fait cette grande pièce qui combinait parfaitement les deux techniques. Dans la première photo, on voit sa pièce avant la cuisson.



Les gommettes empêchaient l'émail de couvrir toute la pièce 
et la cire protégeait la partie supérieure. Le résultat en raku était magnifique ! 


Et c'est juste un exemple parmi tant d'autres. En somme, je suis désolée de ne plus faire les cours au musée - à 2h30 de Pontrieux, c'est trop loin ! Heureusement, M.P. reprend les cours et le groupe pourra continuer leurs explorations de la céramique !

Le déménagement a commencé entre les dernières cuissons et les derniers cours. Ayant plusieurs semaines pour le déménagement, nous avons tout transporté en plusieurs voyages dans notre petit utilitaire. Quand je déménage, je pense, "Je suis arrivée en France avec un sac à dos et une guitare. Comment j'ai fait pour acquérir tout ça ?!" (sous-texte : qui a tourné tout ces pots ?!). Ensuite, je pense au projet "Material World" par Peter Menzel, photographe qui a immortalisé des familles partout dans le monde devant leur maison et leur possessions.

En tout cas, ça fait du bien de se poser maintenant à Pontrieux. ...Sauf qu'on ne se pose pas trop parce qu'il y a du boulot !


L'espace qui sera dédié à l'exposition des poteries était jaune, vert, et orange. A. a fait des recherches sur le meilleur moyen d'enlever le papier peint et il s'avère qu'il suffit de l'asperger avec de l'eau chaude. Une fois le papier enlevé, il faut laver les murs avec un mélange d'eau chaude et vinaigre afin d'enlever la colle.

Ensuite, on fait une pause pour photographier...


...la pâte à reboucher. On s'amuse comme on peut.

Ensuite, peinture. Pour l'instant il n'y a que la sous-couche, mais l'aspect de la salle a déjà une toute autre allure !


En parlant de peinture, nous avons acheté la peinture chez peinturokilo.com et si j'en parle c'est parce que leur service client est top. L'un des seaux de peinture s'était brisé, mais je l'avais remarqué seulement après le départ du livreur. Un coup de fil à l'entreprise et c'était tout de suite réglé; ils ont envoyé un nouveau seau.

En parlant de papier peint, dans la maison il y a aussi les restes des jolis papiers des années.... 20? 30? 40? Ce n'est pas ce que je voudrais dans ma maison, mais je les trouve quand même beau.
Oui oui, au tour de ce beau papier on dirait du plancher et de la veille isolation. C'est qu'on a découvert le papier peint quand nous avons enlevé tout le plancher de la future cuisine.
A l'achat de la maison ce sol était recouvert d'une veille moquette et on se doutait qu'il y aurait peut-être du plancher pourris dessous. Après réflexion, on a décidé de refaire le sol.

Quand je pense qu'en janvier je pensais peut-être pouvoir ouvrir pour les JEMA  - c'était ce weekend! Samedi nous sommes allés voir quelques artistes à Pontrieux qui exposaient dans le cadre de cet événement. Nous avons beaucoup apprécié l'installation de Laurence Maillard où de nombreux personnages en fil de fer et papier dansaient suspendus par des fils quasi invisibles tandis que leurs ombres flottaient sur le mur. Je n'ai pas pris de photo, mais voici l'image sur sa carte, pour vous donner une idée.



Et dimanche, je suis retournée à Ger afin de participer au JEMA de Terres d'Echange. Nous avons fait des tasses engobés. C.B. nous a initié au transfert des dessins faits sur une plaque de plâtre (voir visage ci-dessous) et à la technique "mocha tea" (voir tasse de droite ci-dessous.)


Comme à chaque fois, l'activité de l'association était super et j'ai bien envie d'y retourner pour la prochaine activité autour de l'enfumage !



lundi 20 février 2017

Réduction en four à gaz

Jusqu'à présent je n'avais jamais fait de cuisson en réduction dans un four à gaz. Je fais mes cuissons en oxydation dans un four électrique. Avec les deux types de cuissons on peut obtenir des effets différents car la présence (oxydation) ou l'absence (réduction) d'oxygène peut impacter les émaux. Par exemple, avec une cuisson en oxydation, un émail au cuivre sera vert, tandis qu'en réduction il pourra être rouge. Dans le four électrique, on est limité aux cuissons en oxydation car il n'y a pas de combustion à l'intérieur du four, qui est chauffé par des résistances. Dans un four à gaz ou un four à bois, la combustion se passe à l'intérieur du four et si on réduit l'apport en oxygène, la flamme va chercher l'oxygène nécessaire à la combustion dans les émaux. Ça change la composition chimique des émaux et produit des couleurs différentes.

Ça aurait été un peu dommage de quitter la pépinière sans avoir fait de cuisson en réduction - d'autant plus que le musée a récemment acheté un four à gaz flambant neuf. La semaine dernière j'ai enfin pu apprendre à faire une cuisson dans ce four, et c'étais à la fois simple et compliqué.

Première complication : je n'avais pas d'émaux pour réduction. J'ai donc cherché des recettes et surtout des recettes comprenant des ingrédients que j'avais déjà dans l'atelier. J'ai pas mal de livres avec des recettes d'émaux et on en trouve aussi sur internet. J'ai choisi un rouge de cuivre, un bleu de fer, un shino, et un céladon.
Deuxième complication : normalement, pour tester un nouvel émail, je glisse une tuile et/ou un petit bol couvert de cet émail dans une de mes cuissons, ce qui évite de fabriquer beaucoup d'émail pour rien. Cette fois-ci j'ai du remplir le four avec des pièces couvertes de ces quatre émaux inconnus. J'ai donc choisi des pièces biscuitées qui traînaient dans l'atelier depuis des mois (des trucs un peu moins réussis.) J'ai laissé de la marge aux pieds des pièces au cas où les émaux couleraient.
Troisième complication : c'était la première cuisson en réduction dans ce beau four avec réglage automatique ou manuel, et avec P. nous avons découvert ensemble comment gérer la réduction.

Première simplicité : Ce que j'appréhendais toujours dans la cuisson à gaz (par manque d'expérience) c'est de ne pas bien gérer l'arrivée du gaz. C'est un peu ridicule, car tout ce qu'il faut faire c'est ouvrir une vanne et gérer la pression.
Deuxième simplicité : En bas, le four a quatre brûleurs. A l'arrière il y a une série de cheminées, dont les sorties sont juste en dessous de la hôte du four. Pour créer un atmosphère réductrice, on ferme partiellement le registre du four, couvrant en partie les sorties de cheminée. Cherchant l'oxygène, la flamme sort par les cheminées. Quand on voit cette flamme, bleue ou verte selon la composition des émaux, on sait que la réduction est en cours.

Ici, le registre est à moitié fermé et on y voit les flammes.

Si on ferme trop le registre, la température stagne. Pour monter, on peut augmenter la pression ou rouvrir un peu le registre. Si les flammes à la sortie des cheminées disparaissent, c'est qu'on est retourné en oxydation.

Petit hic :  nous sommes passés de cuisson automatique en cuisson manuelle, au milieu de la cuisson. Il y avait un petit temps mort pendant lequel la température a baissé et nous sommes retournés en oxydation. Nous avons ensuite redémarré le four, la température a remonté et nous avons redémarré la réduction.

En ouvrant le four, j'ai trouvé...

...un beau shino. Plus c'est épais, plus c'est blanc.
Posé assez finement sur du grès de Treigny, on a un beau teint orange.


...un bleu de fer pas bleu du tout ! Il est vert comme des haricots trop cuits.
Sur les pièces où j'ai superposé shino sur bleu de fer,
il y a une zone bleu-grise, pleine de cloques !


...un céladon raté sur le vase posé en haut du four, mais pas mal sur 
les assiettes du bas sauf qu'il est très gris. Dans les deux cas, c'est du grès de St. Amand ;
à mon avis, il serait mieux sur une terre plus blanche.


...un rouge de cuivre qui est devenu plus ou moins rose/bordeaux selon les pièces. Les assiettes posées au fond en bas du four sont bien bordeaux sur leur moitié en rouge de cuivre mais les bols posés plus hauts dans le four sont verts avec des points rouges. Les objets en grès blanc sont restés plus verts que ceux en grès de St. Amand.


Hmmm... qu'est-ce que ça veut dire, tout ça ? Il faudrait refaire une cuisson avec les mêmes émaux et sans retour en oxydation en haut de la courbe afin de voir si les émaux réagissent mieux. Ensuite il faudrait potentiellement changer la période de réduction, la courbe de cuisson, ou les recettes.

Je ne vais pas avoir le temps de faire tous ces tests avant de quitter la pépinière et je ne pense pas que je vais avoir un four à gaz dans l'avenir proche. Néanmoins je suis ravie d'avoir fait cette cuisson. Je comprends mieux à quel point la pratique est nécessaire pour contrôler et/ou prédire les résultats en réduction, mais je vois aussi que le déroulement de la cuisson est relativement simple. Qui sait, peut-être un jour j'aurai un four à gaz permettant de continuer ce genre de recherches. Et entre temps, je trouve l'expérience motivant sur d'autres niveaux. Ça me donne envie de poursuivre mes recherches en oxydation et d'approfondir d'autres types de cuissons, comme le raku et le pit-fire. En céramique, chaque découverte est une porte ouverte vers de nouvelles aventures !





jeudi 12 janvier 2017

Une nouvelle année !

Ça y est, c'est 2017 !

En janvier 2015, je suis venue pour la première fois à Ger pour un entretien avec l'équipe du Musée de la Poterie, et au printemps, nous nous sommes installés à la pépinière du musée pour une période de 23 mois. Depuis le début, j'avais le projet d'ouvrir une boutique à la suite de la pépinière. C'est facile de dire "j'ouvre une boutique," mais ensuite, il faut le faire. En octobre, sachant que la pépinière prendrait fin en mars, je commençais à avoir peur qu'on ne trouvera rien d'approprié.

N'étant pas sûrs, au début de la recherche, si un atelier en plein campagne était financièrement exclu, nous avons aussi passé du temps à regarder des choses inappropriées mais très attirantes, du genre...


C'est incroyable le nombre de jolies fermes et même des petits châteaux qui sont en vente pour "pas cher" (je suis encore habituée aux prix absurdes de la région parisienne) dans des coins magnifiques (c'est à dire, paumés.) Nous avons décidé qu'il n'y aurait jamais assez de passage à la boutique dans ces lieux et que la solution serait de devenir Roi et Reine non pas d'un château, mais d'une maison de ville.

A. a passé des heures, des jours même, devant l'écran à regarder des annonces immobilières. Car il s'agissait non seulement de trouver un village approprié mais aussi d'y trouver un bon emplacement pour que les passants trouvent facilement la boutique. Il a fini par trouver un lieu répondant à tous nos critères : boutique, logement, petit village sympathique !

Dès fin février on aura les clés d'une jolie maison avec boutique dans la rue St. Yves à Pontrieux !! On accède à ce village par une route sinueuse qui traverse la forêt ou, en été, on peut y aller en prenant le train à vapeur de Paimpol. Notre future boutique est dans la rue principale, juste à coté du pont qui traverse le Trieux. Dans le village on trouve artisans, petites boutiques, et restaurants (crêperie au bord de l'eau ; eh oui, c'est la Bretagne.) En plus du joli cadre, la particularité de Pontrieux c'est que toutes les maisons donnant sur le Trieux, la notre incluse, ont des lavoirs ; en été, les promenades en barque permettent de les voir.

photo grâce à ce site

Notre lavoir !

Si le lieu est décidé, beaucoup de choses restent à définir. Quel couleur pour la boutique ? Etc, etc, etc. J'espère pouvoir ouvrir la boutique en avril ou mai, mais ça dépendra de l'installation électrique (pour le four) et de tout le reste.

Et que se passe-t-il à Ger dans cette période sans marchés et avant l'installation à Pontrieux ? Je profite du calme dans l'atelier en faisant...

des objets en terre-papier et mousse

des pots à fleurs (composés de boules pressées dans un moule que j'ai fabriqué en grès)

d'autres moules en terre pour la création de tortues ou bols

des tirelires

et, bien sur, des mini-tortues mimis.